Hortulus Sacer

L’Hortulus Sacer est un recueil de poèmes latins profondément hermétiques d’inspiration chrétienne. Son auteur se fait nommé Douzetemps et l’on doit sa traduction française à la générosité d’André Savoret.

Le titre orginale :’Horulus Sacer, l’Enclos de la Fleur Hermétique ou l’Enclos d’un fleur variant de coloris et de parfums par quoi l’âme accède des choses terrestres aux célestes, des corporelles aux spirituelles.

Il est donc bien question d’hermétisme et car on y retrouve son axiome “Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas”.

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Au Lecteur

Si tu lis mes vers d’un cœur froid, mes vers seront froids à ton cœur.

Mais si c’est d’un cœur aimant, tu brûleras du même feu qui embrase ma muse et me consume d’Amour.

 

 

 

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A l’or les amis, qui veut s’y coller ?

Lampard : “ Je veux bien commencer. L’auteur nous rend d’emblée attentifs : “Si tu lis mes vers d’un coeur froid…”. Ben tiens, la belle affaire, je savais pas que mon muscle cardiaque était capable de lire ! Personne ne m’a rien dit ! Pis d’un coeur froid, aie, aie, mauvais tout ca. Si mon coeur est froid, c’est que je suis mort, même que si mon coeur est encore capable de lire, même mort, ses vers seront froids pour lui, ce qui va donc le refroidir davantage…plus mort que mort, tu meurs…Ou alors tu deviens Hibernatus !

Ce qui me rassure un peu, c’est que d’après Douzetemps ma pompe peut lire avec amour. Bon aimer, pour moi je sais ce que c’est, j’aime ma femme, donc je veux qu’elle soit là à mes côtés. Pour un organe, ca doit pas être bien différent. Mes poumons, ils aiment bien l’air, puisque que quand il en manque, ils souffrent et en réclament. L’estomac, c’est pareil avec la nourriture. Alors mon coeur, c’est certainement du sang qu’il est amoureux, d’ailleurs il en boit tout le temps, . Donc si mon coeur lit avec amour, c’est dire qu’il doit battre vite pour faire tourner et danser sa compagne. Et là, alors, ca va chauffer, parque mon métabolisme va méchamment augmenter, on peut comme quand j’ai la fièvre. Sauf que l’auteur c’est pas une grosse fièvre qu’il promet, c’est carrément l’embrasement comme la femme qui l’inspire qui est en train de brûler, et comme lui qui se consume. Même plus besoin d’incinérateur, c’est carrémement de la combustion spontanée ! Je sais pas ce que vous en pensez, mais si l’auteur dit vrai, j’ai plus trop l’envie de lire ses vers. En tout cas, pas dans ce sens là…”

 

Ian Cygniv : “Ressaisissez-vous mon cher, je crois qu’il existe une autre approche. Admettons que le coeur dont parle l’auteur n’est pas l’organe qui nous sert de pompe, mais que ce coeur signifie les émotions, les sentiments. Ainsi lire avec un coeur froid, c’est lire avec les yeux, mais sans laisser surgir nos sentiments, sans affection, sans enthousiasme, sans “y mettre du coeur”. On dit d’ailleurs parfois :”ça me glace le coeur”, mais c’est imagé, tu comprends mon vieille ami ? En résumé, l’auteur affirme que si tu lis ses vers sans intérêt, sans passion, ses vers ne t’intéresserons pas davantage, ils ne te diront rien et ne provoqueront en toi aucun sentiment, aucune émotion, aucune réaction autre que l’envie de ne plus les lire.

En ce qui concerne la muse, le feu et le fait de brûler. Je crois que c’est aussi imagé. La muse est ce qui inspire le poète, pas forcément une femme. Quant au feu, et au fait de brûler, on pourrait y voir, de l’amour, de l’ardeur, de l’exaltation. Ne dit-on pas : “je brûle d’envie de…” bien que nous ne prenions pas feu pour autant. Aussi, je pense que nous devrions entendre que si nous lisons avec ardeur, passion, intérêt et enthousiasme ses vers, alors, nous ressentirons toute l’exaltation de son inspiration. Nous serons enchantés, et comme lui, convaincus de l’ardent Amour qu’il a ressentit. Ses vers auront sur nous une réaction vive en déployant tout leur cortège d’émotions et de sentiments qui accompagnent toujours selon moi les vers des grands poètes. Et il se peut alors fort bien, comme tu l’as esquissé, que notre coeur se mettre à battre la chamade, comme lors d’une rencontre avec l’être aimé.

Pour terminer, si Douzetemps dit vrai, je ne sais par quel tour de force il a réussit à ce que ses vers produisent un effet de miroir avec l’état d’âme du lecteur.

Lampard : “Oh c’est très intéressant tout cela. Merci. Peut-être que notre ami à encore un autre avis sur cette introduction.”

Ian Cygniv : “Oui, excellente idée. Qu’as-tu à nous dire, toi, l’ancien, dont tout un chacun ici s’accorde à reconnaître en toi les traits de la sagesse ?

Saint Bolique : “Je vous remercie de me donner la parole tout en tenant à préciser que si l’on voit parfois poindre en moi quelque peu de sagesse, je n’y suis pour rien, car tout nous est donné par Celle qui pourvoit. Je constate que chacun de vous à parler en son nom, et je vous y reconnais bien mes chers frères. Si la vérité est universelle, alors il est juste qu’elle se retrouve en partie en chacun de nous.

Pour ma part, je crois qu’il est nécessaire pour bien aborder ce texte, de garder en souvenir son titre complet. En effet, il m’est d’avis qu’il s’y cache une précieuse clef permettant véritablement de pénétré la pensée de l’auteur. En y prêtant bien attention, nous pouvons constater que les vers contenus permettent l’accès à l’âme au domaine spirituel par le corps. En reprenant l’axiome d’Hermès selon lequel “Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et vice versa”, j’en déduis que l’auteur a voulu nous indiquer que pour élever notre âme, il s’agit de lui faire prendre appui sur le support corporel. Autrement dit, qu’il a caché sous l’apparence de phrases simples que l’on peut comprendre dans leur sens matériel ou dans leur sens imagé, des réalités spirituelles. Le seul moyen que je vois pour parvenir à ce que je nommerai l’Entendement de ses réalités grace par le texte est d’utiliser l’analogie et les symobles comme outils de lecture. C’est selon moi, le sens le plus élevé de la lecture, et comme c’est peut-être lui que l’auteur espère que nous ayons, il a voulu mettre une majuscule au mot Lecteur.

Prenons pour commencer le coeur. Il peut symboliser à la fois la vie, le centre, ou encore le siège de la Conscience. Ainsi, lire avec le coeur revient à lire nous placant nous-même en notre centre intérieur, là où pourra se développer notre Conscience . On peut fort bien se demander oû ce situe ce centre. Cependant, et je te vois venir mon cher Lampard, il ne s’agit pas du centre du corps, ce qui voudrait dire que l’on puisse lire avec notre nombril. Encore que symboliquement ce n’est pas si dénué de sens pusique le nombril est la porte par laquelle nous sommes rattachés à la matrice de notre mère…

En réalité, si la Conscience est à même de se développer et de croître, s’est forcément en assimilant ce qui n’était alors qu’une puisssance d’être pour elle. C’est pour cela que quelque soit sa condition, elle ne peut se situer que dans l’”antre”, c’est-à-dire entre ce que sa croissance lui a permis de dépasser par sa connaissance éprouvée, et ce qu’elle entrevoit en arborescences virtuelles. Aussi ce n’est que lorsque ce centre se situe hors-de-portée de toute les contingences connues , soit, ce que l’être humain contient d’animalité, voire même de tout ce qu’il contient déjà d’humain, comme l’intellect raisonneur, l’imagination rêveuse, les émotions, qu’elle peut alors se mouvoir librement, choisir sa nourriture, s’en substanter et croître.

Continuons avec cette notion de froid. Le froid n’est pas l’absence de chaleur ou de feu, c’est la présence d’un feu dont l’intensité est moindre que celle de la valeur référente. Chaud et froid ne sont que des qualificatif de la température, ou de la présence de feu dans un élément. L’eau par exemple reste toujours de l’eau, que ce soit à 0 degré centigrade ou à 100 degrés, mais la présence plus ou moins grande de feu en elle modifie son état. Le froid contracte, le chaud dilate…

Dans le texte, la valeur référente est le coeur, c’est à dire le degré d’évolution de la conscience dans “l’entre”. Lire avec un coeur froid revient donc à effectuer une lecture qui n’est pas à la hauteur de l’élévation de la conscience. Cette dernière se contractant dans le cadre de limites involuantes n’est plus autant libre qu’elle pourrait l’être et se retrouve enchaîné à des conceptions limitatrices comme peuvent l’être celles qu’offrent les sens organiques, les émotions, les instincts de l’animalité non maîtrisés, l’intellect raisonneur, les préjugés….

Les vers de l’auteurs sont donc comme l’eau pour le feu dans l’exemple précédent, dans le sens qu’ils ne sont qu’un élément sur laquelle la conscience va projetée son attention et son feu. Cela pourrait expliquer cet effet miroir.

Aussi une lecture froide, va renforcer davantage l’emprise des forces contractantes sur la conscience , et faire invariablement involuer cette dernière.

Au contraire, une lecture brûlante, ou aimante, nécessite d’élever la conscience, jusqu’au confondement avec les pensées inspiratrices , celle offerte par les muses jusqu’auxquelles s’est élevé l’auteur, celle du feu brûlant de l’Amour, qui n’est pas celui que nourrit l’être humain, mais celui qu’offre le Créateur à l’ensemble de sa progéniture pour lui permettre de croître en harmonie. Un coeur aimant, est aussi un coeur qui attire, et si percevoir ce feu est une étape, brûler et être consummer revient à intégrer et assimiler se feu en soi. Le coeur chaud se dilate et tend à recevoir, à englober ce qui alors n’était qu’à l’extérieure d’elle-même.

Sans en vouloir en dire trop, je pense qu’ên réalité, de la lecture que notre conscience fait du monde, et la manière dont nous utilisons notre volition pour harmoniser nos pensées, nos paroles et nos actes avec cette lecture, dépends l’ouverture ou la fermeture de notre conscience. Il ne s’agit donc pas uniquement de la lecture de vers , mais de celle de l’uni-vers, qui par le miracle d’un chose unique fait que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas….”

Merci à tous de votre généreuse participation. Mais il reste encore du boulot ! On a même pas encore dépasser l’introduction !

 

Insupportable?

J’ai beau cherché, mais je n’ai trouvé qu’une seule chose qui me permette de supporter la liberté : C’est d’en être responsable.

Nécropsie

(une étrange question a été posée par un lecteur anonyme sur l’Académie d’Hermès. Je réponds ici, car cette question et ma réponse, n’ont pas vraiment leur place dans le fil de la discussion)

Pourquoi Jean XXIII est-il devenu pape ?

Les causes sont toujours difficiles à connaître et le seul moyen de remonter à elles c’est de constater les effets qui se sont produits sous leur règne.

Jean XXIII a été élu pour accélérer la chute du Catholicisme Romain en convocant le Concile du Vatican II.

Face aux changements importants étant apparus dans la société occidentale, faisant entrevoir déjà la promesse de changements encore plus radiacaux, l’Eglise s’est mise en tête de se moderniser afin de faire face aux défis de notre temps et de mieux s’adapter à une humanité différente. Grossière et fatale erreur.
Elle a oublié que Verbe ne se fait chair qu’en proportion de la chair à manifester ce Verbe. En voulant donc faire face aux difficultés du temps, l’Eglise s’est vue chutée lourdement du ministère divin et intemporel auquel elle prétendait en principe. Elle a perdu ce qui faisait la force de la religion, l’incarnation d’un principe divin destiné à élevé les hommes. En d’autres termes, elle s’est rabaissée.
Mais pouvait-elle faire différemment elle qui bien que s’appuyant sur le Christ n’avait cessé de nourrir des désirs bassement humains ? Ne devait-elle pas être soumise aux effets transformateurs des nourritures absorbées jusque là ?

Les conséquences du Concile ont marqué surtout et presque uniquement des changements importants dans le culte et l’image de l’Eglise…

Le culte était basé jusque là, plus ou moins, sur le respect de certains principes divins, entièrement symbolique en somme. Le prêtre, représentant de l’Eglise, donnait auparavant sa messe dans la position d’un pasteur précédant son troupeau dans les prairires de l’Esprit. Devant la communauté, dont il avait la responsabilité, il était chargé d’ouvrir la voie vers la Lumière, comme le guide ou le maître que l’on suit. Tous tournés vers un même but, une même étoile.
Changeant soudainement de position pour se retrouver en face des croyants, tournant ainsi le dos à la Lumière, il ne mène plus son troupeau nul part, il n’y a plus de mouvement. Le prêtre a changé de but, et alors qu’il faisait face à la divinité, c’est a présent des humains qu’il tente de s’approcher. Le peuple lui n’a pas changé ses aspirations, toujours tourné vers la Lumière, il attend un nouveau guide capable de le conduire, une nouvelle religion. Du coup, l’Eglise a retourné sa veste, et les prêtres ont pris des habits plus mondains.
Voilà qui symbolise parfaitement, me semble-t-il les conséquences du Concile. Ce dernier s’inscrivant dans la suite logique d’une longue chute..

Suite au Concile, le culte se voit dépossédé de sa langue officielle, le latin, connu principalement des milieux religieux et des sphères privilégiées de la société, pour offrir aux participants de l’office un culte dans leur propre langue. A vrai dire, que ce soit dans leur langue ou en latin, je crains que le bon peuple n’y entende guère plus aux mystères qui se déroulent devant ses yeux. Le latin, incompris du plus grand nombre, permettait cependant à ces derniers de sentir en eux la résonnance du mystère, ce qu’ils ne pouvaient qu’interpréter qu’au plus haut de leur conscience et de leurs aspirations. Traduit dans leur langue,vulgarisé, le culte est devenu plus compréhensible en surface, ne nécessitant malheureusement plus forcément d’interprétation, ni de résonnance avec la conscience de chacun.
L’Eglise parlait la langue des mystères, à présent elle parle la langue des hommes.

En définitive, l’Eglise s’est appauvrie. Ce que l’on peut constater aussi en jetant un oeil aux nouvelles églises et à leur intérieur qu’on dirait comme sortie d’un catalogue du géant suédois du mobilier. Pauvres, dénudées, comme le peuple… Avant, la communauté supportait de voir les bâtiments religieux si bien ornés, si riches par rapport à sa propre pauvreté, parce qu’elle préférait avoir un Dieu doré et lumineux qu’un dieu pauvre incapable de nourrir ses espérances. C’est au riche à donner au pauvre. En se faisant pauvre face au peuple pour être plus proche de lui, l’Eglise est devenue incapable de donner… Parallèlement, ne nourrissant plus sa spiritualité, le peuple ne supporte plus les richesses d’une Eglise devenue trop humaine.

Elle ne s’en relèvera pas…

Note : Un jeune théologien avait eu alors une certaine influence sur les décisions prises lors du Concile. A présent, il est pape !

Carré magique

Carré Magique

(cliquer sur le lien ci-dessus pour afficher le document pdf)

 

 

Ternaires

Le Siècle d’Or

Dans la préface du Sorcier de Meudon d’Eliphas Levi : on peut y lire :

"Que les clavicules de Salomon lui ont servi à bien apprécier Rabelais, et qu’il vous présente aujourd’hui la légende du curé de Meudon comme l’archétype de la plus parfaite intelligence à la vie ; à cette légende se mêle et s’entortille, comme la lierre autour de la vigne, l’histoire du brave Guilain, qui, au dire de notre Béranger, fut ménétrier de Meudon au temps même de maître François"…/…"et croyez qu’il n’est grimoire de sorcier ni traité de philosophie qui puisse surpasser en profondeur, en science et en abondantes ressources, une page de Rabelais et une chanson de Béranger."

En effectuant des recherches sur ce fameux Béranger, j’ai cru, suite à une relecture distraite et rapide de la préface, que ce dernier était contemporain de Rabelais…Et bien figurez-vous, j’ai tout de même trouver quelque chose !

Quelques poèmes d’un certain Béranger de la Tour d’Albennas que j’ai retranscris et que je vais progressivement "mettre en ligne".

Tout ce qui n’est pas donné est perdu !

 

Le Siècle d’Or

de François Béranger de la Tour d’Albenas

 

Avant moymesme, avant l’homme formé,

Un vil Chaos, en soy, tenoit fermé

Le pur Neant dont provint toute chose :

Infuse estoit l’humidité au sec.

Le chaud au froid, le bien au mal avec,

Et l’union en guerre y estoient close.

 

Le hault, le bas, le mylieu, & l’extreme,

Le plus, le moins alors estoient un mesme :

L’amer, le doux, le mol, l’aspre, & le dur

Se compartoient ensemble sans contendre

Le cour du temps ne se pouvoit entendre,

Car le passé, se joingnoit au futur.

 

En mesme place illec faisoient seiour

L’obscurité, & la clarté du jour :

Mort, vie aussi en paix contregardées,

Le plein le vuide ensemble se mettoient :

Et en ce creux massif cachez estoient,

Les haults secrets des premières Idées.

 

Mais le seul tout, qui est fin & principe,

Et qui en rien d’iceux ne participe,

De ce Neant confuz, en un moment

Forma le Ciel & la terrestre masse :

Feit que la Mer en son canal s’amasse

Assignant lieu à chacun Elément.

 

Adonq la Sphere asurée à l’entour,

N’avoit encor fini son premier tour,

Le centre aussi de la machine ronde

N’aguère avoit mise égale distance

Entre soymesme, & la circonférence,

Quand mon royaume eut principe en ce monde.

 

Le jour prospère ou mon heur commença

Fut souz Saturne : & depuis lors en ça

Me suis tenu en ma simplicité :

Et tant que vie au corps ha esté close

Je n’ay trouvée au monde aucune chose

Qui fut nuisible à ma félicité

 

L’esprit douteux, l’oeil voilé d’ignorance,

Le coeur sans ruse esloingné d’assurance,

Et la voix morte estoit : mais tout ainsi

Que commençay de me congnoitre au vray

En un instant certes je recouvray

L’ouir, le voir, & le parler aussi.

 

Et congoissant que dens ceste closture

Incorporée estoit une nature,

Qui se mouvoit le jour en mainte sorte,

Je fuz ravi voyant les Cieux tourner,

Astres reluire, & terre me donner

Fruits provenants d’une semence morte.

 

L’astre esclairant diverses régions,

Et qui ses raiz espand à légions

Dans l’Orizon, fus qui est resident,

Pour si grand heur à mon Ame esjouie :

Mais non point tant comme fut esbahie

Le voyant fondre en la Mer d’Occident.

 

La claire Arurore adonq n’estoit congnue :

Et du Soleil n’attendois la venue

Car sa clarté par voye ténébreuse

Disparoissoit : ainsi me tenois seur

Qu’on ne pouroit desrompre l’espaisseur

Du soir, encloz en ceste masse creuse.

 

Au seul mouvant nature obeissoit

Comme servante, en ce qu’apparoissoit

Aux corps formez les graces estre infuses :

Car l’oeil du monde esteint, vers la nuict brune

Me presenta la clarté de la Lune,

Et à l’enrour mille flammes diffuses.

 

Les feux ardans qui des Astres issoient

La nuict épaisse, & sombre esclaicissoient

Penétramment : dont l’oeil en diligence

Ha tant erré qu’il ha en fin congnue

La lune ronde escarrie & cornue,

Et de son cours eut pure intelligence.

 

Mais nonobstant que son prompt mouvement

Soit entendu : il ne me chault comment,

Ny pourquoiy elle au Ciel se forme ainsi.

Il ne me chault de voir sa face claire

En trois lieux brun ; assez est qu’el m’esclaire

Quand le jour fuit, & m’abandonne icy.

 

L’humide nuict, lors que vint à s’espandre,

Une foiblesse, mon corps alla surprendre,

Que peu à peu, nerfs après nerfs suivit :

Dont comme mort, contre terre je tombe :

Mais au resveil, mon Ame, de sa tombe,

L’air esclairci, & Ciel reluire vid.

 

Mourant la nuict, fus le jour je vinois :

Et en vivant de corps & yeux suivois

Du hault Soleil, la chevelure blonde :

Dont la chaleur, par sa vertu immense,

Donne racine à chacune semence :

Et fi met ordre au Cahos de ce monde.

 

L’ame de moy à chacun mouvement

Du Ciel corbé s’esmouvoit : mesmement

Voyant errer en plein soir, les comettes :

Reluire feux, & oyant parmi l’air

Tonnerres grans, & les haults Cieux crotter,

Comme voulans abandonner leur metes.

 

Ardans esclairs l’Occident vomissoit :

Septentrion l’air, contre l’air poulsoit :

Et le hault Ciel jettoit pierres sus terre,

foudres tomboient aux environs de moy :

Ansi j’avois continuel esmoy,

De touver paix, contre si forte guerre.

 

De peu à peu reformay mon erreur,

Tant que mon oeil, de voir n’ha plus horreur

Le clair Soleil, s’allumer & s’esteindre :

L’esperience assied mon jugement :

Donq si en l’air apperçoy changement,

Dueil pour celà mon coeur ne vient atteindre.

 

Soit le Ciel clair ou plein d’obscurité,

Sortent les vents de leurs creux limité,

Soit douce l’eau, ou pleine d’amertume,

Soit l’air humide, ou sec, soit froid, ou chaud :

Esclaire, tonne ou gresle il ne m’en chaut :

J’ay tout vaincu d’une longue coustume.

 

Autre plaisir que le mien je ne quiers,

Contentement me suit : donc ne m’enquiers

Si l’air soustient la terre balancée.

Ne si le Ciel, qui son rond environnne,

Est par tout hault, & et si l’assiete est bonne,

Que ne soit trop bas, ou hault avancée.

 

Aucun soucy ne m’aiguillonne, ou poingt ;

D’esprit suis libre, angoisseux ne suis point,

Car en lieu bas tous mes désirs je fiche :

Fruits sans labeur sont pour ma nourriture,

Et ne voulant plus qu’appete Nature,

En poureté je me trouve estre riche,

 

Terre administre & et produit d’elle mesme

Fruits différents, sans que je plante ou sème,

Comme ayant pris de me nourrir la charge :

Jour après jour, je vis, sans avoir cure

De courir loing, estimant que Nature

Plus qu’un trait d’oeil n’ha fait la terre large.

 

Hors de péril je me poumeine icy :

Ma nourriture est sans peine & souci :

Les jours, les lieux, ne trouve point austères :

L’hiver gelé ne m’est point ennuyeux,

Ny l’esté chaud : & ce que me plaist le mieux,

C’est de chercher les places solitaires.

 

Je ne me paits par égal entrevalle :

Ma bouche aussi gland nutritif n’avalle,

Si l’estomac premier ne le commande :

A l’appétit je ne suis point subier,

Mais sobrement je pourvoy à l’object,

De faim alors qu’à repaistre demande.

 

Tant est Nature envers moy libérale,

Que du hault Ciel ça bas elle dévale,

Pour attremper de terre les humeurs :

Et si grand ordre y met, que l’an durant

Ay fruits nouveaux, car de ceux que me rend,

Les uns sont verds, quand les autres sont meurs.

 

Ainsi je prens au trésor de Nature,

Le fruit qui plus sert à ma nourriture,

Et de luy change en changeant de saisons :

Après ayant cueilli assez dequoy

Pour me nourrir, je n’en entre à requoy

Souz le couvert de mes vertes maisons.

 

Je suis mon Roy, mon directeur & guide,

Entreteneur de ma franchise, & cuide

Que loy ne peult en oster ou distraire :

Iasoit qu’Amour envers mon proche ordonne

Obéissance, autant qu’à ma personne :

Et n’est licite entreprendre au contraire.

 

Durant mon regne equalité conduit

Tous les vivans : ce que plus les induit

De ne porter l’un contre l’autre envie :

Or c’est un poinct, en ma court arresté

Que la ou règne égale poureté,

Un chacun juge oplente sa vie.

 

Nécessité mesure mon désir :

Contre le froit qui mon corps vient saisir,

Sert le soleil : contre le chaud l’ombrage :

Et pour passer mon nocture délit,

La terre dure administre mon lict :

Gland ma faim chasse, & ma soif le rivage.

 

Propre maison nature m’ha tissue

Aux cavitez de la terre bossue,

Pour eviter du hault Ciel la rigueur :

Maints animalz de laine & poil divers,

Avecques moy courent souz telz couverts

Voulans fuir leur présente langueur.

Honneur & honte, à moy sont incongnus :

Il ne me chault si les membres ay nuds :

Ma volunté en mes plaisir consiste.

Et si le froid me poursuit de trop pres,

Je faits de mousse habillement expres,

Avec lequel contre luy je résiste.

 

Yerre & Pernanche environnent mon chef

Contre le hasle : & si ay derechef

Les promptes mains, à me défendre enclines :

De piedz suis nud, mais l’oeil propre lieu cher :

Ou je les pose alors que fault marcher,

Si qu’offensez ilz ne soient des espines.

 

Rien de caché soit beauté ou laidure,

Bon ou mauvais mon doux siècle n’endure :

J’apperçoy tout, tout m’est mis au devant :

La chair, sa chair, le corps, son corps expose,

Le coeur son coeur : ainsi donques n’est chose

Que l’esprit, ou l’oeil n’en soit savant.

 

Loing de voisins sont noz maisons natales,

Ormeaux branchuz servent de toict ou sales,

Et au pavé les motes verdoyantes :

Contre le vent ne sommes à couvert :

Et comme à nous, ce lieu demeure ouvert,

Ouvert aussi est aux bestes errantes.

 

Varieté de logis ne me plait :

Bien que j’en soye, en nombre, assez complait

Beaux, excellens, comme l’oeil peult congnoitre :

Car n’y ha arbre en la terre croissant,

Que ne me soit palaix propre et decent,

Pour demeurer, pour mourir, & pour naistre.

 

Pour maintenir l’union & la paix,

Des quatre humeurs de mon corps je me paits

D’un exercice à courir en la plaine,

Ou l’oeil se plait à voir de toutes parts

Sortir moutons ça & la tous espars,

Qui en paissant trainent leur blanche laine.

 

Je voy blanchir les cousteaux par le nombre

Grand des brebis, sans celels qui à l’ombre

$sont pour lescher leurs aignelets récents :

Et pas à pas broutant l’herbe desendent

Droit vers la plaine : ou bien souvent se bandent

Masle & femelle, à miliers & à cents.

 

Chèvres aussi un bien pesant saix ont,

Par le grand laict dont pleines elles sont,

Entant que vont de pas large & contraint :

Et l’endemain cherchent pastis nouveaux,

Car vuides sont d’autant que les chevreux

Ont les trayons, & l’un & l’autre espraint.

 

Devant mes yeux je voy en un instant

Cent fois courri les chiens, qui vont battant

Queue & oreille, & se voultrent par terre :

Puis en jappant si gays & légers sont

Au sault & course, & croy que le tout font

Pour seulement ma bonne grace acquerre.

 

Divers oiseaux se pourmenoient en l’air,

Lesquelz je voy & bas, & hault voller :

Poulles aussi mangent herbe & vermine,

Et aux foretz habitent souz la garde

Du Coq hardi, qui les nombre & regarde,

Et de coeur hault devant elles chemine.

 

Après avoir degoise leurs chansons,

Au plus obscur des hayes & buissons,

Vont leurs oeufs pondre : & avec ce leur donnent

Propre chaleur, si bien qu’après un temps,

Mille poulsins, d’illec, je voy sortans

Qui en paissant leurs mères environnent.

 

Les lionseaux, ours & sanglers je prens,

Lesquelz subietz, & privoisez je rens,

Ensemble loups qui les voyans enrouent :

Et bien qu’ilz soient munis de dents cruelles,

Mes enfans tous au partir des mamelles,

Avecques eux paisiblement je jouent

 

Et brevement, n’est animal qui erre

En l’eau profonde, en l’air ou en la terre

Que ne s’incline à mon obéissance.

Nous avons tresve ensemble, & amitié :

Et pour autant que j’ay de luy pitié

Tasche à me voir, & suivre ma présence.

 

Par exercice ainsi donques j’obvie

A ce que peult interesser ma vie

Et alterer mes qualitez robustes :

Les Cieux, à qui Révérence je doy,

Je ne viens point offenser : c’est parquoy

En mon endroit se rendent bons, & justes.

 

A ma santé eau, feu, air, terre servent :

Humide, sec, chaud, froid toujours conservent

Avecques moy une paix, &concorde,

Que pour mon bien nature contracta,

Possible n’est y commettre discorde.

 

Comme le temps change par quatre fois

Ses qualitez, si fais-je : toutesfois

Tel changement proufite à ma nature :

Mais la saison qui plus grand’ayde donne

A mes humeurs, c’est lors que Perséphone

Porduire veult sa verde chevelure.

 

Alorms mes nerfs, plus de force reçoivent :

Nouveaux esprits mes artères conçoivent,

Et plus de sang lon des veines abonde :

Desir d’aymer prend en moy origine,

Après ayant trouvé mon Androgyne

L’amitié croist, & dure tout un monde.

 

Je sents un feu lors en moy pulluler

Qui peu à peu mes esprits vient bruler,

Et si me rend de coeur hermaphrodite :

Le doux visage, yeux friands, cheveux blonds

De mon object, font que par siècles longs

Dedens mon coeur un fu si grand habite.

 

Celle qui est ma moitié tant est belle,

Que seulement la chevelure d’elle

Par sa blondeur, le vig de l’or efface

L’yvoire est blanc, mais plus blanc est son teint,

Le Pole est clair, mais sa clarté s’esteint

Auprès des yeux qui luisent en sa face.

 

Son front serein ou deux arcs sont posez

D’un fin Ebene, autrement composez

Que l’autre au Ciel, de couleur asurée,

La rend plus belle, & plus aymable avec :

Puis la blancheur de son gent corps, illec

Se void parmy la perruque dorée.

 

Jusqu’aux talons pendent ses longues tresses,

De qui se font deux parties expresses

Servants de voile à la nudité sienne :

Et quand le vent les transporte, en ce corps

Deux rond tetins apparoissent alors

Durs comme marbre, & de grandeur moyenne.

 

D’un beau corail la rougeur tres naïve,

Qui de tout autre estaint la couleur vive,

Nature mit en sa riante bouche :

Ainsi voyant une si grand beauté,

Si grand esprit, rempli de gayeté,

Ne puis savoir qui plus au coeur me touche.

 

En mon vivant n’euz voulenté aucune

Fors elle aymer, qui m’est tout, & n’est qu’une :

C’est le seul but ou tend ma fantasie :

Noz coeurs sont joints par un noeud d’amitié :

Elle est ma part, & et je suis sa moitié,

Sans voir en nous tasche de jalousie.

 

Tant seulement amoureuse pitié

Est le thrésor de l’avare amitié :

Qui entre nous est si recommandee,

Que tant s’en fault que se perde, ou s’absente,

Mais doucement devant moy se présente,

Souvent plustot qu’elle n’est demandee.

 

L’affection de mon coeur ne prend source

D’oisiveté, ou nonchallance, pource

Que je demeure en occupation.

Nature donq tant sage & et tant discrete,

Fait en moy vivre une flamme secrete,

Sans toutesfois en sentir passion.

 

De mes amours ne sort aucun artire :

Mais au contraire incessamment j’en tire

Infinité de biens & de plaisirs,

Qui avec moy font demeure éternelle :

Parquoy toujours le feu d’amoureuz zele

Donne accroissance à mes chastes désirs.

 

Soing d’acquerir longue posterité,

Me fait trouver grande prosperité

Au trein d’amour, c’est parquoy je m’en mesle :

Le vain plaisir qu’on y sent, ne m’induit :

Et bien souvent ains qu’entrer au deduit

Fault que prié soye de la femelle.

 

Dessouz la verde, & espesse ramee

Du large Ormeau, moy & ma bien ayme

Entrons au lict pour nous y soulager :

ET du beau fruit conceu en la nuict douce

Sus l’herbe fresche, ou sus la tendre mousse

Au mesme lieu vient pour se descharger.

 

En lieu champestre est sa chambre secrete

Pour s’accoucher : sa matrone discrete

C’est elle mesme : & ses tapis & franges

Sont d’un beau verd que Nature ha tissu :

Et quand son fruit en ses mains ha receu

De mousse fait son verseau, & ses langes.

 

Lors ses tetins plus que la neige blancs,

Deviennent molz, & presque ressemblans

L’oeil & surgeon d’une fonteine vive :

Car au mylieu deux fraises sont posées,

Que de l’enfant pour peu que soient sucees

Laict affluant dedens sa bouche arrive.

 

Grand est son mal, & breve est sa gesine,

Froide est sa chambre, & froide est sa cuisine,

Froids sont les mets d’ont prend sa nourriture.

Et le canal des fleuves est lacuve

Ou elle fait son bain & son estuve,

N’ayant servante aupres, horsmis Nature.

 

Voilà sa couche, & maison plantureuse,

Voilà sont bien, voilà sa vie heureuse,

Ne sentant point l’aguillon du desir :

Avec cela vivons cent, deux cents ans

Par commun aage & noz propres enfans

En six degrez pouvons entrechoisir.

 

Aux environs du palaix ou j’habite,

A mes enfans & famille petite,

Je vois monstrer les benefices grans

Que terre donne en propre temps & lieu :

En congnoissant que ce bien vient de Dieu,

De rendre grace, au Ciel, je les apprens.

 

Si faim les presse, & à moy trop s’en deulent,

Pommes de pin je leur donne, ou s’ilz veulent

Maint autre fruit d’escorce plus subtile :

Et bien souvent je les maine trstous

Plus loing un peu pour cueillir le miel doux

Qui des rochers, & des chesnes distille.

 

Leurs tendres mains dessus, & à l’entour,

Leur sbras aussi je charge à leur retour

De raisin meurs, & autres fruits divers :

Et les bornaux de miel gluant ilz prennent,

Tant que leur plait : ainsi tres joyeux viennent

Se descharger souz noz prochains couverts.

 

Ou parvenus tous leurs fruits abandonnent,

Et s’invitans l’un l’autre, s’entredonnent

Des plus frians & des plus savoreux :

Illes apres, à la luitte s’essaient

A qui mieux mieux courent, saultent, s’esgaient

Sans voir querele, ou fascherie entre eux.

 

En ce plaisir nous vivons, attendans

Que notre cours & le grand nombre d’ans

Nous conduira à quelque heureuse fin :

Durant mon siècle aurons esté, & sommes

Simples de coeur, mais apres nous les hommes

Honnoreront le plus cault & plus fin.

 

Le cours du temps qui mon aage enrichit,

Fait que le poil sus ma teste blanchit

Comme la neige au coupeau des montaignes :

Et de ma chair les forces s’amoindrissent,

Mon cuir se crespe, & mes nerfs s’affoiblissent

Tant ay vagué par ses vertes compaignes.

 

Maint & maint coup le celeste flambeau

Ha eschauffé les cornes du Taureau

Durant mon regne, & de la Vierge astree :

Qui s’ennuiant en la vie mortelle

Au Ciel preten s’en monter : donq par elle

Ne sera plu ceste terre illustree.

 

Soit bien le corps de vieillesse batu,

L’esprit retient encores sa vertu,

Qui survivra immortel, à moymesme :

La chair mourra, & sans tourment aucun

Tousjours l’esprit vivra, ainsi chacun,

Sera doué de son naturel preme.

 

Desja Saturne au Ciel est colloqué

Craingnant son filz : ce que m’ha provoqué

D’abandonner aussi la terre ronde :

Pertes n’y ha, mais au contraire peult

Gaigner beaucoup, mon esprit, quand il veux

Monter au Ciel, & delaisser le monde.

 

SOUSPIR D’ESPOIR

 

La route des étoiles

Au coeur des nuits les plus sombres, les navigateurs tracent leur route dans les étoiles

Transmuation des sens

"Attends que tes sens soient transmués, afin de pouvoir percevoir les choses cachées et que ton problème soit résolu.

Afin que tu puisses voir quels sont les mots que tu as rejetés, et quels sont ceux dont tu as fait ton maître"

 

Les choses cachées sont du domaine de l’esprit. Elles ne sont accessibles que par l’activation de nos sens spirituels, tout comme, en bas, nous percevons la matière au travers de nos sens physiques. C’est d’ailleurs ce sens caché qui est seul capable de percevoir la Lumière des textes sacrés et de leurs symboles.

La transmutation de nos sens vils en sens spirituels relève de l’Alchimie et de la Magie du Verbe Vivant.

Selon l’axiome de Thot" l’homme ne devient que ce qu’il pense". Les pensées choisies et consacrée par la parole ( s’exprimant en mots) deviennent ainsi le maître que l’on suit. C’est pourquoi l’activation de nos sens spirituels est si importante, car ils permettent de reconnaître la véracité de l’axiome hermétique précité, et, l’intégrant, donne la liberté à celui qui est maître de sa pensée de choisir des pensées parmi les plus subtiles , les plus lumineuses et universelles, celles qui deviendront pour lui un maître. Mais avant celà, doit-il encore s’affranchir des pensées vils qui lui sont imposées par son manque de Vertu.


Livre VII d’Hermès Trismégiste, Pymandre, verset   : 18  :

Hermès  : Tu ne peux, mon fils, t’attacher aux choses matérielles et aux choses divines. Il y a deux états d’être  : le corporel et l’incorporel, le mortel et le divin, et tu dois choisir entre les deux après mûres réflexions  : il n’est pas possible en effet de s’attacher aux deux. Lorsque ton choix sera fait, témoigne de la décroissance de ce que tu as rejeté par la force agissante de ce que tu as choisi.

 

Le sabre de la réalité

"Va, recherche la réalité, ô adorateur de la forme, car la réalité est l’aile sur le corps de la forme.
Fréquente les chercheurs de Vérité, afin de pouvoir à la fois obtenir le don et te montrer généreux.
Sans nul doute, l’esprit dépourvu de réalité, dans ce corps, est semblable à un sabre de bois dans le fourreau ;
Tant qu’il demeure dans le fourreau, il semble avoir de la valeur, mais, une fois sorti, il n’est plus bon qu’à jeter au feu.
N’emporte pas au combat un sabre de bois ! Assure toi d’abord (que c’est un sabre d’acier), afin que ta situation ne soit pas désespérée.
S’il est de bois, va en chercher un autre ; et s’il est tranchant comme le diamant, avance avec ardeur.
Le glaive de la réalité est dans l’arsenal des saints ; les voir, c’est pour toi la Pierre Philosophale.
Tous les Sages ont dit de même : Le Sage est un miséricorde pour les mondes."

Le sabre représente dans cet extrait cette facultée si précieuse que l’on nomme le discernement. Cette faculté permet de "séparer le subtil de l’épais avec grande industrie" c’est-à-dire la réalité de l’illusion, la Vérité du mensonge, ce qui relève de la raison ou de la folie, de la Foi ou de la superstition, ce qui est juste et ce qui ne l’est pas …. C’est un élément essentiel à la pratique de l’Alchimie et par conséquent qui mène bel et bien à la la Pierre Philosophale..
Le discernement est intiment lié à la Justice, comme l’indique la lame 8 du livre de Thot, et ce n’est pas un fruit du hasard si l’instrument du jugement rendu par le roi Salomon et qui prouva à son peuple sa sagesse est aussi une épée…
Ne dit-on point de celui qui preuve de discernement qu’il a l’esprit aiguisé ?

Voleurs et commerçants ont le même dieu.

Hermès (Mercure) était dans la civilisation grecque reconnu pour être à la fois le dieu du commerce et celui des voleurs. Cette civilisation auquelle on prête à tort le titre de berceau de la culture européenne ne fût dans son ensemble qu’une dégénérescence de la culture égyptienne auquelle elle emprunta beaucoup alors que celle-ci était elle-même dans son déclin.

C’est ainsi que le dieu Thot des égyptiens , divinité l’Ecriture et du Langage, incarnation de la Connaissance et de la Parole, qui permit à Horus de retrouver sa vue (spirituelle) fut assimilé par les grecs à Hermès. Celui-ci avait d’ailleurs la terrible réputation d’être bon avec les bon et mauvais avec les mauvais.

Ce n’est pas un hasard si Hermès est à la fois le dieu des voleurs et du commerce, en effet chaque divinité est révélateur d’un principe unique qui se polarise dans sa manifestation.

Ce principe est celui qui permet d’accéder à la connaissance divine , une sorte d’intermédiaire entre la conscience et les Lumières de la Divine Providence, ce qui fait d’Hermès un véritable messager des dieux.

Il permet donc une sorte de commerce spirituel dans le sens ou il ne nous est donné qu’en proportion de ce que l’on donne, autrement dit que nous ne pouvons prétendre recevoir que selon nos mérites. C’est le principe même de l’équivalence des poids que l’on retrouve dans la balance utilisée aussi bien dans le commerce que pour symboliser la Justice ( ce que nous retrouvons chez les égyptiens puisque Thot assiste à la pesée du coeur aux côtés de Maât (la Justice).

Ainsi dans le domaine des correspondances, nous n’avons commerce par Toutatis…euh non par Lug (équivalent celte d’Hermès), qu’avec les divinités avec lesquels nous auront su activer notre relation, par une sorte de sympathie aimantant ce qui est en haut pour en recevoir les nourritures spirituelles.
Et comme dans la parabole des cinq talents du nouveau testament, Hermès ne donne qu’à ceux qui se font responsable de ce qu’ils ont reçu. Et à ceux qui n’auront pas fait preuve de responsabilité en réclamant plus que ceux à quoi il ont légitimement droit, il leur sera pris ("volé") même ce qu’ils ont.

Nous retrouvons ce même principe dans Les Noces Chymiques de C. Rosencreutz lors de l’épreuve des poids sur la balance d’or :

"Que celui qui est trop léger s’abstienne…/…Aussi, ceux qui monteront sur la balance sans peser autant que les poids, seront soulevés avec fracas et seront la risée de tous"

Mais est-ce que cela n’est pas trop juste ? Selon la loi de Maât (juste de pensée, de parole et d’action, mais pas trop) trop de Justice n’est pas juste, car la Justice se doit d’être équilibrée comme le remarque Raymond Lulle dans sa Chrysopee par la Miséricorde. C’est ainsi qu’il est fait justice au juste et Miséricorde au pécheur . Car celui a qui l’on a pris reste toujours dans la possibilité d’acquérir à nouveau ce qu’il a perdu……