Insupportable?

J’ai beau cherché, mais je n’ai trouvé qu’une seule chose qui me permette de supporter la liberté : C’est d’en être responsable.

Nécropsie

(une étrange question a été posée par un lecteur anonyme sur l’Académie d’Hermès. Je réponds ici, car cette question et ma réponse, n’ont pas vraiment leur place dans le fil de la discussion)

Pourquoi Jean XXIII est-il devenu pape ?

Les causes sont toujours difficiles à connaître et le seul moyen de remonter à elles c’est de constater les effets qui se sont produits sous leur règne.

Jean XXIII a été élu pour accélérer la chute du Catholicisme Romain en convocant le Concile du Vatican II.

Face aux changements importants étant apparus dans la société occidentale, faisant entrevoir déjà la promesse de changements encore plus radiacaux, l’Eglise s’est mise en tête de se moderniser afin de faire face aux défis de notre temps et de mieux s’adapter à une humanité différente. Grossière et fatale erreur.
Elle a oublié que Verbe ne se fait chair qu’en proportion de la chair à manifester ce Verbe. En voulant donc faire face aux difficultés du temps, l’Eglise s’est vue chutée lourdement du ministère divin et intemporel auquel elle prétendait en principe. Elle a perdu ce qui faisait la force de la religion, l’incarnation d’un principe divin destiné à élevé les hommes. En d’autres termes, elle s’est rabaissée.
Mais pouvait-elle faire différemment elle qui bien que s’appuyant sur le Christ n’avait cessé de nourrir des désirs bassement humains ? Ne devait-elle pas être soumise aux effets transformateurs des nourritures absorbées jusque là ?

Les conséquences du Concile ont marqué surtout et presque uniquement des changements importants dans le culte et l’image de l’Eglise…

Le culte était basé jusque là, plus ou moins, sur le respect de certains principes divins, entièrement symbolique en somme. Le prêtre, représentant de l’Eglise, donnait auparavant sa messe dans la position d’un pasteur précédant son troupeau dans les prairires de l’Esprit. Devant la communauté, dont il avait la responsabilité, il était chargé d’ouvrir la voie vers la Lumière, comme le guide ou le maître que l’on suit. Tous tournés vers un même but, une même étoile.
Changeant soudainement de position pour se retrouver en face des croyants, tournant ainsi le dos à la Lumière, il ne mène plus son troupeau nul part, il n’y a plus de mouvement. Le prêtre a changé de but, et alors qu’il faisait face à la divinité, c’est a présent des humains qu’il tente de s’approcher. Le peuple lui n’a pas changé ses aspirations, toujours tourné vers la Lumière, il attend un nouveau guide capable de le conduire, une nouvelle religion. Du coup, l’Eglise a retourné sa veste, et les prêtres ont pris des habits plus mondains.
Voilà qui symbolise parfaitement, me semble-t-il les conséquences du Concile. Ce dernier s’inscrivant dans la suite logique d’une longue chute..

Suite au Concile, le culte se voit dépossédé de sa langue officielle, le latin, connu principalement des milieux religieux et des sphères privilégiées de la société, pour offrir aux participants de l’office un culte dans leur propre langue. A vrai dire, que ce soit dans leur langue ou en latin, je crains que le bon peuple n’y entende guère plus aux mystères qui se déroulent devant ses yeux. Le latin, incompris du plus grand nombre, permettait cependant à ces derniers de sentir en eux la résonnance du mystère, ce qu’ils ne pouvaient qu’interpréter qu’au plus haut de leur conscience et de leurs aspirations. Traduit dans leur langue,vulgarisé, le culte est devenu plus compréhensible en surface, ne nécessitant malheureusement plus forcément d’interprétation, ni de résonnance avec la conscience de chacun.
L’Eglise parlait la langue des mystères, à présent elle parle la langue des hommes.

En définitive, l’Eglise s’est appauvrie. Ce que l’on peut constater aussi en jetant un oeil aux nouvelles églises et à leur intérieur qu’on dirait comme sortie d’un catalogue du géant suédois du mobilier. Pauvres, dénudées, comme le peuple… Avant, la communauté supportait de voir les bâtiments religieux si bien ornés, si riches par rapport à sa propre pauvreté, parce qu’elle préférait avoir un Dieu doré et lumineux qu’un dieu pauvre incapable de nourrir ses espérances. C’est au riche à donner au pauvre. En se faisant pauvre face au peuple pour être plus proche de lui, l’Eglise est devenue incapable de donner… Parallèlement, ne nourrissant plus sa spiritualité, le peuple ne supporte plus les richesses d’une Eglise devenue trop humaine.

Elle ne s’en relèvera pas…

Note : Un jeune théologien avait eu alors une certaine influence sur les décisions prises lors du Concile. A présent, il est pape !

Carré magique

Carré Magique

(cliquer sur le lien ci-dessus pour afficher le document pdf)

 

 

Ternaires

Manifeste

(JPEG)

 

Manifeste de la fraternité d’Hermès Trismégiste en soutien au Dalaï-Lama et au peuple Tibétain.

Même si beaucoup d’entre nous, qui ne sommes pas directement concernés, éprouvent de la sympathie pour ces populations du Tibet qui subissent le joug de la dictature et de la colonisation chinoise, cette sympathie ne dépasse que rarement les limites étriquées de l’émotion primaire.

 

Émotion qui n’est pas pour la tradition hermétique l’expression d’une vertu, surtout lorsqu’elle se limite à rien de plus qu’à cette affectivité que provoque la vision du faible injustement maltraité par le fort. Cette émotion sans autre implication serait même une expression contraire à la vertu.

 

Pour donner ses lettres de noblesse à notre légitime émotion et sympathie envers le peuple Tibétain, encore faut-il que nous soyons capables de comprendre en quoi cela nous concerne très directement.

 

L’esprit contre la matière

 

La confrontation qui oppose les Tibétains, non pas aux Chinois, mais à la dictature militaire qui tient ce peuple en servitude depuis si longtemps - avec les sanglants épisodes qui jalonnent son histoire -, est celle de la spiritualité que porte la tradition tibétaine, probablement l’une des plus élevées dont peut s’enorgueillir notre triste humanité présente, contre la brutalité la plus grossière et cruelle que manifeste le vice et l’ignorance. C’est l’éternelle lutte de l’esprit contre l’animalité de la matière. L’esprit qui n’a que l’élévation de Conscience à opposer à la puissance disproportionnée des armes et de la violence aveugle et injuste de ceux qui ne défendent que les privilèges d’une caste politique corrompue.

 

La dictature chinoise pour survivre, s’est donné les moyens que procure la voie du matérialisme dans laquelle elle s’engouffre avec une folle témérité et une totale inconscience, sans tenir compte des conséquences redoutables qu’elle devra inéluctablement affronter. Cette dictature, comme toutes les dictatures, ne supporte pas la moindre opposition, ni le moindre contre-pouvoir  ; et quel puissant contre-pouvoir que celui d’une spiritualité qui libère nécessairement l’être humain, alors que le matérialisme, comme le démontre l’exemple des pays qui en ont fait un dogme de civilisation, n’est qu’un état d’asservissement et de régression tant intellectuel que spirituel. Comment cette double dictature, qui est celle d’un totalitarisme idéologique et d’une ploutocratie tyrannique, pourrait-elle tolérer à ses frontières ou en son sein ce germe destructeur de sa propre existence, et qui est la liberté même et surtout sous forme de liberté de conscience.

 

Pensons aux générations futures, nous en sommes solidairement responsables.

 

Aujourd’hui c’est le peuple Tibétain qui est sous la botte de l’armée chinoise, demain ce sera les révoltés de Hong Kong, de Taïwan ou d’une autre province, et au fur et à mesure de l’élévation de la puissance des armes que procure la richesse économique, il y aura de plus en plus d’occasions et de tentations pour ce despotisme, de succomber à l’arbitraire de la violence. Déjà, en Europe bien que nous croyions être à l’abri de ces manifestations d’intolérance, il suffit de voir avec quelles réserves, tintées de soumission médiocre aux intérêts mercantiles, nos dirigeants, si fiers de clamer lorsque la mer est calme, qu’ils sont les défenseurs des droits de l’homme, s’en tenir à des postures diplomatiques obséquieuses du vassal face à son suzerain, lorsque souffle la tempête de la répression sauvage.

 

Le manque de courage de ces leaders occidentaux, - par ailleurs si fanfaronnants et arrogants lorsqu’il s’agit de donner des leçons de civilisation à des peuples en état d"infériorité économique et militaire -, est de même nature que ce que l’histoire a déjà connu et qui a fait dire à Churchill  : On vous a donné le choix entre le déshonneur et la guerre  ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre. Il suffit de réactualiser cette formule par  : on vous a donné le choix entre la liberté de conscience et les intérêts économiques, vous avez choisi les intérêts économiques, vous aurez la ruine de vos libertés, et le déshonneur de la lâcheté de conscience.

 

Être spirituellement solidaire est un premier pas.

 

Le peuple Tibétain, peut-être un peu plus que tous les autres peuples, porte une part essentielle de la Conscience de l’humanité. Soutenir moralement, spirituellement, activement la défense de leurs libertés, c’est défendre notre propre liberté de Conscience individuelle. Il est temps de faire comprendre aux dirigeants Chinois que les sportifs de haut niveau ne sont pas des robots sans âme et sans conscience, au service de leur propagande  ; que les supporters et spectateurs de ces sportifs ne sont pas des masses stupides qui ne cherchent que le plaisir de leurs sens, quitte à sacrifier la part de conscience et de responsabilité sans lesquelles ils seraient indignes de leur humanité  ; que les Chinois eux-mêmes ne sont pas tous des adeptes serviles de la dictature, et d’un matérialisme sans âme et sans liberté de conscience. Enfin, que la civilisation Chinoise, qui est une des plus anciennes et des plus brillantes que l’humanité ait connue, ne retrouvera jamais sa grandeur et son rayonnement sans un minimum de noblesse que confère la tolérance, le respect des autres, de leur culture et de leurs traditions.

 

Une pensée juste doit s’éprouver dans l’action pour être efficace.

 

Pour soutenir le peuple Tibétain et l’action du Dalaï-Lama nous, fraternité d’Hermès Trismégiste, nous proposons que chaque sportif allant aux Jeux olympiques, porte les couleurs du drapeau du Tibet soit en brassard, soit sous tout autre forme possible. Que les spectateurs qui assisteront à ces jeux olympiques fassent de même, et tant que des négociations avec le Dalaï-Lama n’auront pas été entamées, que les consommateurs du monde entier se détournent, autant que possible, des produits «  made in china  ».

 

La fraternité se manifeste dans de petites choses, avant de devenir une grande réalité.

 

Pour conclure, que tous ceux qui approuveraient ce manifeste, d’une part, nous adressent par mail  : fraternite-dhermes@voila.fr, leur approbation et soutien moral, et d’autre part, diffusent ce manifeste le plus largement possible sur internet, et par tout autres moyens possible.

 

Faire le mal est un incontestable poids karmique, mais ne pas faire le bien lorsque les circonstances nous mettent en situation de pouvoir le faire, est probablement de même nature que de faire le mal.

 

Une pensée juste en vertus est plus puissante que toutes les armées du monde, voilà pourquoi elle est redoutée par toutes les dictatures.

 

 

Merci à tous ceux qui nous aideront à traduire ce texte dans les différentes langues de la planète. Adressez vos traductions à  : fraternite-dhermes@voila.fr

Pour télécharger le manifeste, c’est ici !

 

 

 

Un billet doux

Un billet doux … venu du ciel
D’Or est l’appel, présent en tout …

Un billet doux … venu du ciel
Doré l’appel, présent en tout …

Le Siècle d’Or

Dans la préface du Sorcier de Meudon d’Eliphas Levi : on peut y lire :

"Que les clavicules de Salomon lui ont servi à bien apprécier Rabelais, et qu’il vous présente aujourd’hui la légende du curé de Meudon comme l’archétype de la plus parfaite intelligence à la vie ; à cette légende se mêle et s’entortille, comme la lierre autour de la vigne, l’histoire du brave Guilain, qui, au dire de notre Béranger, fut ménétrier de Meudon au temps même de maître François"…/…"et croyez qu’il n’est grimoire de sorcier ni traité de philosophie qui puisse surpasser en profondeur, en science et en abondantes ressources, une page de Rabelais et une chanson de Béranger."

En effectuant des recherches sur ce fameux Béranger, j’ai cru, suite à une relecture distraite et rapide de la préface, que ce dernier était contemporain de Rabelais…Et bien figurez-vous, j’ai tout de même trouver quelque chose !

Quelques poèmes d’un certain Béranger de la Tour d’Albennas que j’ai retranscris et que je vais progressivement "mettre en ligne".

Tout ce qui n’est pas donné est perdu !

 

Le Siècle d’Or

de François Béranger de la Tour d’Albenas

 

Avant moymesme, avant l’homme formé,

Un vil Chaos, en soy, tenoit fermé

Le pur Neant dont provint toute chose :

Infuse estoit l’humidité au sec.

Le chaud au froid, le bien au mal avec,

Et l’union en guerre y estoient close.

 

Le hault, le bas, le mylieu, & l’extreme,

Le plus, le moins alors estoient un mesme :

L’amer, le doux, le mol, l’aspre, & le dur

Se compartoient ensemble sans contendre

Le cour du temps ne se pouvoit entendre,

Car le passé, se joingnoit au futur.

 

En mesme place illec faisoient seiour

L’obscurité, & la clarté du jour :

Mort, vie aussi en paix contregardées,

Le plein le vuide ensemble se mettoient :

Et en ce creux massif cachez estoient,

Les haults secrets des premières Idées.

 

Mais le seul tout, qui est fin & principe,

Et qui en rien d’iceux ne participe,

De ce Neant confuz, en un moment

Forma le Ciel & la terrestre masse :

Feit que la Mer en son canal s’amasse

Assignant lieu à chacun Elément.

 

Adonq la Sphere asurée à l’entour,

N’avoit encor fini son premier tour,

Le centre aussi de la machine ronde

N’aguère avoit mise égale distance

Entre soymesme, & la circonférence,

Quand mon royaume eut principe en ce monde.

 

Le jour prospère ou mon heur commença

Fut souz Saturne : & depuis lors en ça

Me suis tenu en ma simplicité :

Et tant que vie au corps ha esté close

Je n’ay trouvée au monde aucune chose

Qui fut nuisible à ma félicité

 

L’esprit douteux, l’oeil voilé d’ignorance,

Le coeur sans ruse esloingné d’assurance,

Et la voix morte estoit : mais tout ainsi

Que commençay de me congnoitre au vray

En un instant certes je recouvray

L’ouir, le voir, & le parler aussi.

 

Et congoissant que dens ceste closture

Incorporée estoit une nature,

Qui se mouvoit le jour en mainte sorte,

Je fuz ravi voyant les Cieux tourner,

Astres reluire, & terre me donner

Fruits provenants d’une semence morte.

 

L’astre esclairant diverses régions,

Et qui ses raiz espand à légions

Dans l’Orizon, fus qui est resident,

Pour si grand heur à mon Ame esjouie :

Mais non point tant comme fut esbahie

Le voyant fondre en la Mer d’Occident.

 

La claire Arurore adonq n’estoit congnue :

Et du Soleil n’attendois la venue

Car sa clarté par voye ténébreuse

Disparoissoit : ainsi me tenois seur

Qu’on ne pouroit desrompre l’espaisseur

Du soir, encloz en ceste masse creuse.

 

Au seul mouvant nature obeissoit

Comme servante, en ce qu’apparoissoit

Aux corps formez les graces estre infuses :

Car l’oeil du monde esteint, vers la nuict brune

Me presenta la clarté de la Lune,

Et à l’enrour mille flammes diffuses.

 

Les feux ardans qui des Astres issoient

La nuict épaisse, & sombre esclaicissoient

Penétramment : dont l’oeil en diligence

Ha tant erré qu’il ha en fin congnue

La lune ronde escarrie & cornue,

Et de son cours eut pure intelligence.

 

Mais nonobstant que son prompt mouvement

Soit entendu : il ne me chault comment,

Ny pourquoiy elle au Ciel se forme ainsi.

Il ne me chault de voir sa face claire

En trois lieux brun ; assez est qu’el m’esclaire

Quand le jour fuit, & m’abandonne icy.

 

L’humide nuict, lors que vint à s’espandre,

Une foiblesse, mon corps alla surprendre,

Que peu à peu, nerfs après nerfs suivit :

Dont comme mort, contre terre je tombe :

Mais au resveil, mon Ame, de sa tombe,

L’air esclairci, & Ciel reluire vid.

 

Mourant la nuict, fus le jour je vinois :

Et en vivant de corps & yeux suivois

Du hault Soleil, la chevelure blonde :

Dont la chaleur, par sa vertu immense,

Donne racine à chacune semence :

Et fi met ordre au Cahos de ce monde.

 

L’ame de moy à chacun mouvement

Du Ciel corbé s’esmouvoit : mesmement

Voyant errer en plein soir, les comettes :

Reluire feux, & oyant parmi l’air

Tonnerres grans, & les haults Cieux crotter,

Comme voulans abandonner leur metes.

 

Ardans esclairs l’Occident vomissoit :

Septentrion l’air, contre l’air poulsoit :

Et le hault Ciel jettoit pierres sus terre,

foudres tomboient aux environs de moy :

Ansi j’avois continuel esmoy,

De touver paix, contre si forte guerre.

 

De peu à peu reformay mon erreur,

Tant que mon oeil, de voir n’ha plus horreur

Le clair Soleil, s’allumer & s’esteindre :

L’esperience assied mon jugement :

Donq si en l’air apperçoy changement,

Dueil pour celà mon coeur ne vient atteindre.

 

Soit le Ciel clair ou plein d’obscurité,

Sortent les vents de leurs creux limité,

Soit douce l’eau, ou pleine d’amertume,

Soit l’air humide, ou sec, soit froid, ou chaud :

Esclaire, tonne ou gresle il ne m’en chaut :

J’ay tout vaincu d’une longue coustume.

 

Autre plaisir que le mien je ne quiers,

Contentement me suit : donc ne m’enquiers

Si l’air soustient la terre balancée.

Ne si le Ciel, qui son rond environnne,

Est par tout hault, & et si l’assiete est bonne,

Que ne soit trop bas, ou hault avancée.

 

Aucun soucy ne m’aiguillonne, ou poingt ;

D’esprit suis libre, angoisseux ne suis point,

Car en lieu bas tous mes désirs je fiche :

Fruits sans labeur sont pour ma nourriture,

Et ne voulant plus qu’appete Nature,

En poureté je me trouve estre riche,

 

Terre administre & et produit d’elle mesme

Fruits différents, sans que je plante ou sème,

Comme ayant pris de me nourrir la charge :

Jour après jour, je vis, sans avoir cure

De courir loing, estimant que Nature

Plus qu’un trait d’oeil n’ha fait la terre large.

 

Hors de péril je me poumeine icy :

Ma nourriture est sans peine & souci :

Les jours, les lieux, ne trouve point austères :

L’hiver gelé ne m’est point ennuyeux,

Ny l’esté chaud : & ce que me plaist le mieux,

C’est de chercher les places solitaires.

 

Je ne me paits par égal entrevalle :

Ma bouche aussi gland nutritif n’avalle,

Si l’estomac premier ne le commande :

A l’appétit je ne suis point subier,

Mais sobrement je pourvoy à l’object,

De faim alors qu’à repaistre demande.

 

Tant est Nature envers moy libérale,

Que du hault Ciel ça bas elle dévale,

Pour attremper de terre les humeurs :

Et si grand ordre y met, que l’an durant

Ay fruits nouveaux, car de ceux que me rend,

Les uns sont verds, quand les autres sont meurs.

 

Ainsi je prens au trésor de Nature,

Le fruit qui plus sert à ma nourriture,

Et de luy change en changeant de saisons :

Après ayant cueilli assez dequoy

Pour me nourrir, je n’en entre à requoy

Souz le couvert de mes vertes maisons.

 

Je suis mon Roy, mon directeur & guide,

Entreteneur de ma franchise, & cuide

Que loy ne peult en oster ou distraire :

Iasoit qu’Amour envers mon proche ordonne

Obéissance, autant qu’à ma personne :

Et n’est licite entreprendre au contraire.

 

Durant mon regne equalité conduit

Tous les vivans : ce que plus les induit

De ne porter l’un contre l’autre envie :

Or c’est un poinct, en ma court arresté

Que la ou règne égale poureté,

Un chacun juge oplente sa vie.

 

Nécessité mesure mon désir :

Contre le froit qui mon corps vient saisir,

Sert le soleil : contre le chaud l’ombrage :

Et pour passer mon nocture délit,

La terre dure administre mon lict :

Gland ma faim chasse, & ma soif le rivage.

 

Propre maison nature m’ha tissue

Aux cavitez de la terre bossue,

Pour eviter du hault Ciel la rigueur :

Maints animalz de laine & poil divers,

Avecques moy courent souz telz couverts

Voulans fuir leur présente langueur.

Honneur & honte, à moy sont incongnus :

Il ne me chault si les membres ay nuds :

Ma volunté en mes plaisir consiste.

Et si le froid me poursuit de trop pres,

Je faits de mousse habillement expres,

Avec lequel contre luy je résiste.

 

Yerre & Pernanche environnent mon chef

Contre le hasle : & si ay derechef

Les promptes mains, à me défendre enclines :

De piedz suis nud, mais l’oeil propre lieu cher :

Ou je les pose alors que fault marcher,

Si qu’offensez ilz ne soient des espines.

 

Rien de caché soit beauté ou laidure,

Bon ou mauvais mon doux siècle n’endure :

J’apperçoy tout, tout m’est mis au devant :

La chair, sa chair, le corps, son corps expose,

Le coeur son coeur : ainsi donques n’est chose

Que l’esprit, ou l’oeil n’en soit savant.

 

Loing de voisins sont noz maisons natales,

Ormeaux branchuz servent de toict ou sales,

Et au pavé les motes verdoyantes :

Contre le vent ne sommes à couvert :

Et comme à nous, ce lieu demeure ouvert,

Ouvert aussi est aux bestes errantes.

 

Varieté de logis ne me plait :

Bien que j’en soye, en nombre, assez complait

Beaux, excellens, comme l’oeil peult congnoitre :

Car n’y ha arbre en la terre croissant,

Que ne me soit palaix propre et decent,

Pour demeurer, pour mourir, & pour naistre.

 

Pour maintenir l’union & la paix,

Des quatre humeurs de mon corps je me paits

D’un exercice à courir en la plaine,

Ou l’oeil se plait à voir de toutes parts

Sortir moutons ça & la tous espars,

Qui en paissant trainent leur blanche laine.

 

Je voy blanchir les cousteaux par le nombre

Grand des brebis, sans celels qui à l’ombre

$sont pour lescher leurs aignelets récents :

Et pas à pas broutant l’herbe desendent

Droit vers la plaine : ou bien souvent se bandent

Masle & femelle, à miliers & à cents.

 

Chèvres aussi un bien pesant saix ont,

Par le grand laict dont pleines elles sont,

Entant que vont de pas large & contraint :

Et l’endemain cherchent pastis nouveaux,

Car vuides sont d’autant que les chevreux

Ont les trayons, & l’un & l’autre espraint.

 

Devant mes yeux je voy en un instant

Cent fois courri les chiens, qui vont battant

Queue & oreille, & se voultrent par terre :

Puis en jappant si gays & légers sont

Au sault & course, & croy que le tout font

Pour seulement ma bonne grace acquerre.

 

Divers oiseaux se pourmenoient en l’air,

Lesquelz je voy & bas, & hault voller :

Poulles aussi mangent herbe & vermine,

Et aux foretz habitent souz la garde

Du Coq hardi, qui les nombre & regarde,

Et de coeur hault devant elles chemine.

 

Après avoir degoise leurs chansons,

Au plus obscur des hayes & buissons,

Vont leurs oeufs pondre : & avec ce leur donnent

Propre chaleur, si bien qu’après un temps,

Mille poulsins, d’illec, je voy sortans

Qui en paissant leurs mères environnent.

 

Les lionseaux, ours & sanglers je prens,

Lesquelz subietz, & privoisez je rens,

Ensemble loups qui les voyans enrouent :

Et bien qu’ilz soient munis de dents cruelles,

Mes enfans tous au partir des mamelles,

Avecques eux paisiblement je jouent

 

Et brevement, n’est animal qui erre

En l’eau profonde, en l’air ou en la terre

Que ne s’incline à mon obéissance.

Nous avons tresve ensemble, & amitié :

Et pour autant que j’ay de luy pitié

Tasche à me voir, & suivre ma présence.

 

Par exercice ainsi donques j’obvie

A ce que peult interesser ma vie

Et alterer mes qualitez robustes :

Les Cieux, à qui Révérence je doy,

Je ne viens point offenser : c’est parquoy

En mon endroit se rendent bons, & justes.

 

A ma santé eau, feu, air, terre servent :

Humide, sec, chaud, froid toujours conservent

Avecques moy une paix, &concorde,

Que pour mon bien nature contracta,

Possible n’est y commettre discorde.

 

Comme le temps change par quatre fois

Ses qualitez, si fais-je : toutesfois

Tel changement proufite à ma nature :

Mais la saison qui plus grand’ayde donne

A mes humeurs, c’est lors que Perséphone

Porduire veult sa verde chevelure.

 

Alorms mes nerfs, plus de force reçoivent :

Nouveaux esprits mes artères conçoivent,

Et plus de sang lon des veines abonde :

Desir d’aymer prend en moy origine,

Après ayant trouvé mon Androgyne

L’amitié croist, & dure tout un monde.

 

Je sents un feu lors en moy pulluler

Qui peu à peu mes esprits vient bruler,

Et si me rend de coeur hermaphrodite :

Le doux visage, yeux friands, cheveux blonds

De mon object, font que par siècles longs

Dedens mon coeur un fu si grand habite.

 

Celle qui est ma moitié tant est belle,

Que seulement la chevelure d’elle

Par sa blondeur, le vig de l’or efface

L’yvoire est blanc, mais plus blanc est son teint,

Le Pole est clair, mais sa clarté s’esteint

Auprès des yeux qui luisent en sa face.

 

Son front serein ou deux arcs sont posez

D’un fin Ebene, autrement composez

Que l’autre au Ciel, de couleur asurée,

La rend plus belle, & plus aymable avec :

Puis la blancheur de son gent corps, illec

Se void parmy la perruque dorée.

 

Jusqu’aux talons pendent ses longues tresses,

De qui se font deux parties expresses

Servants de voile à la nudité sienne :

Et quand le vent les transporte, en ce corps

Deux rond tetins apparoissent alors

Durs comme marbre, & de grandeur moyenne.

 

D’un beau corail la rougeur tres naïve,

Qui de tout autre estaint la couleur vive,

Nature mit en sa riante bouche :

Ainsi voyant une si grand beauté,

Si grand esprit, rempli de gayeté,

Ne puis savoir qui plus au coeur me touche.

 

En mon vivant n’euz voulenté aucune

Fors elle aymer, qui m’est tout, & n’est qu’une :

C’est le seul but ou tend ma fantasie :

Noz coeurs sont joints par un noeud d’amitié :

Elle est ma part, & et je suis sa moitié,

Sans voir en nous tasche de jalousie.

 

Tant seulement amoureuse pitié

Est le thrésor de l’avare amitié :

Qui entre nous est si recommandee,

Que tant s’en fault que se perde, ou s’absente,

Mais doucement devant moy se présente,

Souvent plustot qu’elle n’est demandee.

 

L’affection de mon coeur ne prend source

D’oisiveté, ou nonchallance, pource

Que je demeure en occupation.

Nature donq tant sage & et tant discrete,

Fait en moy vivre une flamme secrete,

Sans toutesfois en sentir passion.

 

De mes amours ne sort aucun artire :

Mais au contraire incessamment j’en tire

Infinité de biens & de plaisirs,

Qui avec moy font demeure éternelle :

Parquoy toujours le feu d’amoureuz zele

Donne accroissance à mes chastes désirs.

 

Soing d’acquerir longue posterité,

Me fait trouver grande prosperité

Au trein d’amour, c’est parquoy je m’en mesle :

Le vain plaisir qu’on y sent, ne m’induit :

Et bien souvent ains qu’entrer au deduit

Fault que prié soye de la femelle.

 

Dessouz la verde, & espesse ramee

Du large Ormeau, moy & ma bien ayme

Entrons au lict pour nous y soulager :

ET du beau fruit conceu en la nuict douce

Sus l’herbe fresche, ou sus la tendre mousse

Au mesme lieu vient pour se descharger.

 

En lieu champestre est sa chambre secrete

Pour s’accoucher : sa matrone discrete

C’est elle mesme : & ses tapis & franges

Sont d’un beau verd que Nature ha tissu :

Et quand son fruit en ses mains ha receu

De mousse fait son verseau, & ses langes.

 

Lors ses tetins plus que la neige blancs,

Deviennent molz, & presque ressemblans

L’oeil & surgeon d’une fonteine vive :

Car au mylieu deux fraises sont posées,

Que de l’enfant pour peu que soient sucees

Laict affluant dedens sa bouche arrive.

 

Grand est son mal, & breve est sa gesine,

Froide est sa chambre, & froide est sa cuisine,

Froids sont les mets d’ont prend sa nourriture.

Et le canal des fleuves est lacuve

Ou elle fait son bain & son estuve,

N’ayant servante aupres, horsmis Nature.

 

Voilà sa couche, & maison plantureuse,

Voilà sont bien, voilà sa vie heureuse,

Ne sentant point l’aguillon du desir :

Avec cela vivons cent, deux cents ans

Par commun aage & noz propres enfans

En six degrez pouvons entrechoisir.

 

Aux environs du palaix ou j’habite,

A mes enfans & famille petite,

Je vois monstrer les benefices grans

Que terre donne en propre temps & lieu :

En congnoissant que ce bien vient de Dieu,

De rendre grace, au Ciel, je les apprens.

 

Si faim les presse, & à moy trop s’en deulent,

Pommes de pin je leur donne, ou s’ilz veulent

Maint autre fruit d’escorce plus subtile :

Et bien souvent je les maine trstous

Plus loing un peu pour cueillir le miel doux

Qui des rochers, & des chesnes distille.

 

Leurs tendres mains dessus, & à l’entour,

Leur sbras aussi je charge à leur retour

De raisin meurs, & autres fruits divers :

Et les bornaux de miel gluant ilz prennent,

Tant que leur plait : ainsi tres joyeux viennent

Se descharger souz noz prochains couverts.

 

Ou parvenus tous leurs fruits abandonnent,

Et s’invitans l’un l’autre, s’entredonnent

Des plus frians & des plus savoreux :

Illes apres, à la luitte s’essaient

A qui mieux mieux courent, saultent, s’esgaient

Sans voir querele, ou fascherie entre eux.

 

En ce plaisir nous vivons, attendans

Que notre cours & le grand nombre d’ans

Nous conduira à quelque heureuse fin :

Durant mon siècle aurons esté, & sommes

Simples de coeur, mais apres nous les hommes

Honnoreront le plus cault & plus fin.

 

Le cours du temps qui mon aage enrichit,

Fait que le poil sus ma teste blanchit

Comme la neige au coupeau des montaignes :

Et de ma chair les forces s’amoindrissent,

Mon cuir se crespe, & mes nerfs s’affoiblissent

Tant ay vagué par ses vertes compaignes.

 

Maint & maint coup le celeste flambeau

Ha eschauffé les cornes du Taureau

Durant mon regne, & de la Vierge astree :

Qui s’ennuiant en la vie mortelle

Au Ciel preten s’en monter : donq par elle

Ne sera plu ceste terre illustree.

 

Soit bien le corps de vieillesse batu,

L’esprit retient encores sa vertu,

Qui survivra immortel, à moymesme :

La chair mourra, & sans tourment aucun

Tousjours l’esprit vivra, ainsi chacun,

Sera doué de son naturel preme.

 

Desja Saturne au Ciel est colloqué

Craingnant son filz : ce que m’ha provoqué

D’abandonner aussi la terre ronde :

Pertes n’y ha, mais au contraire peult

Gaigner beaucoup, mon esprit, quand il veux

Monter au Ciel, & delaisser le monde.

 

SOUSPIR D’ESPOIR

 

Reflets multiples

Saisir la plume au vol, bien qu’elle ne soit des plus légères, mouiller l’encre. En marge de cette étendue lisse, le doux bercement d’un point de chute imprime notre histoire. Combien de chemin parcouru déjà depuis port-de-Plume…

Un départ douloureux , un vide à peupler , vague à l’âme… D’escale en escale, le temps déroule ses voiles, dessine un itinéraire, comme si tout allait de Soi…

Et te revoilà, Plume, à porter de main, enrichissant la mémoire de ton hôte d’un voyage qu’il aurait cru rêvé, si ton reflet n’avait mis en évidence les parenthèses que l’ordinaire se plait à étouffer. Toi qui mesures les transformations et métamorphoses celui qui t’approche… et que tu fuis pour mieux lui permettre d’avancer.

Un départ douloureux, un vide à repeupler, pour cette âme qui vogue à l’Homme…..

Entre Terre et Ciel

Lassé, dégoûté de ces ivresses éphémères

Arborant mille visages qui le pétrifient

Lorsqu’il voit, dans leur yeux, sa propre misère

C’est dans son Sanctuaire qu’il se réfugie.

 

Le temps, évanoui, dévoile les mystères

De sa mère éternité au jeune apprenti

Quêtant la Pierre, dans cette mine aurifère

Pour la Gloire du Père à qui il doit la vie.

 

Se confondant à l’harmonie des sphères

Les chant des sirènes à son oreille retentit

Symbole d’un métissage crépusculaire

Prémices du retour de la reine d’Hespérie.

 

Aux enchantements des découvertes solaires

Succèdent la Terre et ses mortels fruits.

Dans le Ciel, il piétinait le luminaire

Mais sous la lune, c’est le croissant qui sourit.

 

Enchanté et en chantier

en travaux